Colloque Ademe 'Filières et Recyclage' : Un parfum de directive

Colloque - Article publié le par  (22/2/2011)




Le colloque organisé par l’Ademe a beaucoup parlé de décret VHU, mais aussi d’huiles et de pneus.

Pas de chance pour les organisateurs, le colloque « Filières et recyclage » planifié par l’Ademe depuis au moins 6 mois est tombé le même jour que les grandes manifs pour les retraites. Qui plus est à deux pas des Invalides, point d’arrivée des dites manifs. Problèmes de transport aidant, le colloque a souffert d’une vague de désistement qui n’a fort heureusement pas altéré la qualité des débats ni la détermination des intervenants qui étaient tous présents.

Comme on pouvait s’y attendre, il fut beaucoup question de la réécriture du décret VHU. Le projet de texte semble tellement abouti qu’on délaissa le chapitre des hypothèses pour commencer à commenter les effets du texte comme s’il était déjà publié. La seconde partie de l’après midi consacrée à l’automobile concernait les déchets d’ateliers et traita essentiellement des pneus et des huiles usagées.

 

Le VHU en pleine actualité

Intervenants : Philippe Le Gall, président Federec Métal, Constantin Voluntaru, responsable environnement groupe Volkswagen, Stéphane Gillet, responsable politique recyclage VHU Renault, Romain Dissaux, Direction générale de la prévention des risques au ministère de l’Ecologie, Patrick Poincelet, président branche Recycleurs CNPA, Eric Lecointre, animateur du secteur déchets auto/VHU Ademe, Olivier François, Président du Syndicat des broyeurs français. Réseaux constructeurs : La parution du nouveau texte est imminente, à priori avant la fin de l’automne (21 décembre) et suscite des questions relatives aux réseaux qui seront gérés par les constructeurs.

Patrick Poincelet a ouvert le feu en notant qu’avec les primes et l’augmentation des véhicules constructeurs, les taux de valorisation sont passés de 81 à 79 %. Autre point de reflexion, la position des constructeurs par rapport au réemploi, sachant que ceux-ci vendent évidemment du neuf. Pour Renault, M. Gillet estime que l’avenir devrait voir la cohabitation de 3 ou 4 réseaux, ce que Volkswagen confirme en partie par son désir de continuer dans son choix pour un réseau spécifique à son groupe.

Du côté de la filière métal, Philippe Le Gall souhaite pourvoir continuer à travailler en indépendance tandis que pour Galloo, M. François faisait remarquer que les réseaux existent déjà, et que beaucoup de choses vont dépendre des nouvelles contraintes « Par exemple, certaines pièces comme les airbags seront-elles interdites ou non ? » Pièces de sécurité : Le sujet interpelle évidemment les constructeurs comme Renault qui exclut évidemment tout réemploi lié à la sécurité. Ce point est beaucoup moins évident pour M. Poincelet en l’absence de toute liste officielle répertoriant les éléments de sécurité.

Atteinte des taux : Concernant l’impact que peut avoir la réglementation sur la filière, Eric Lecointre rappela que les difficultés ne portent pas sur les métaux mais sur les autres matières. La filière est surtout une question de terrain comme l’a rappelé M. Poincelet : « Il n’y a pas besoin de créer une filière. La nouvelle donne environnementale impliquera une nouvelle donne économique et technique, mais nous avons toujours existé. Nous avons toujours trié ».

Reprise à l’unisson par Philippe Le Gall pour lequel les recycleurs se sont toujours payés avec les matériaux et pour lesquels les nouvelles contraintes et obligations devraient être absorbées sans problème. Du côté des constructeurs, séquence auto satisfaction chez Volkswagen qui revendique 430 kg de matières recyclées dans sa Polo (métaux compris), et 50 kg de plastiques chez Renault. Pour Olivier François, l’engagement des constructeurs à utiliser du recyclé est fondamental car volontaire. En clair, pas de filière sans débouché. Les technologies évoluent également, avec des véhicules conçus pour être facilement démontés et surtout dépollués. Pour M. Dissaux, il faut recentrer les contrôles concernant la dépollution des VHU, ce qui implique également un regard vers la filière des casses illégales.

Equilibre économique : Pour Eric Lecointre, les nouvelles contraintes vont entrainer un déséquilibre économique liés aux multiples paramètres que sont les cours des matières, l’énergie, les salaires et le coût en démontage, mais également engendrer de nouvelles recettes comme les pots catalytiques ou les cartes électroniques. La tentation est évidemment proche de réduire le poste achat de VHU, sachant qu’une des conséquences pourrait permettre à la filière illégale de s’approvisionner encore plus facilement avec des véhicules quasi-gratuits. Pour Patrick Poincelet, le tout sera de savoir à quel moment actionner le point zéro des éventuels financements par les constructeurs. Sa vraie inquiétude, c’est que les constructeurs aient une main mise sur l’ensemble de la filière et bien évidemment sur le nerf de la guerre, à savoir les appros.

Pour Philippe Le Gall, tout déficit sera quoi qu’il en soit difficile à chiffrer car beaucoup d’entreprises de collecte font plusieurs métiers. Il est plutôt partisan de commencer à éradiquer la filière illégale, ce qui permettrait ensuite de baisser le poste achats. Côté broyeur, M. François a déjà un élément de réponse, sachant que 3 à 4 % de valorisation énergétique à environ 80 euros la tonne auraient une incidence de 3 à 4 euros par véhicule, ce que M. Voluntaru ne conteste pas sur le principe, préférant « primer » les démolisseurs qui respecteront les règles.

 

Déchets d’ateliers, débat de principe

Intervenants : Romain Dissaux, Direction générale de la prévention des risques au Ministère de l’écologie, Eric Lecointre, animateur du secteur déchets auto/VHU Ademe, Francis Davoust, CNPA, Bénédicte Barbry, groupe Mobivia (Norauto), Eric Fabiew, directeur général Aliapur.

 

Huiles, n’en jetez plus (d’argent)

S’il est important en tonnages, le dossier huiles est finalement assez simple. Le mode de financement de la filière de collecte a été avalisé par l’Europe en 2007 pour 5 ans. Il prendra donc fin en novembre 2012. Il n’y a donc pas le feu, mais il importe d’envisager les diverses possibilités pour l’avenir comme l’a résumé Eric Lecointre. Le choix varie entre trois schémas : la poursuite d’un fonctionnement basé sur un financement par l’Ademe, une filière libérale, un mode répondant à la REP, la responsabilité élargie aux producteurs.

Chez les utilisateurs finaux, à savoir les professionnels de la réparation, on se déclare surtout attaché à l’efficacité de la filière et à l’assurance d’être collectés (Mme xxxxx et Francis Davoust). Chez les collecteurs d’huiles usagées, en revanche, on se prépare déjà pour les débats (et les combats ?) à venir comme l’a résumé assez énergiquement Jean François Carbonne, Sevia SRRHU : « Ne nous donnez plus d’argent ». Voir un professionnel « subventionné » demander à ne plus recevoir d’aide est effectivement assez surprenant. Explication. Depuis le mois de janvier, le prix des huiles usagées couvre et dépasse la collecte, avec des perspectives de progression qui semblent mettre la filière à l’abri du besoin et des sautes du marché. Du coup, les collecteurs voient moins la nécessité d’être financés, tout en reconnaissant à l’Ademe une force de tutelle et de contrôle réglementaire qu’ils souhaitent voir maintenue.

Dans les faits, la grande crainte des collecteurs, c’est de voir la filière passer sous la coupe des pétroliers, avec le risque de voir l’incinération privilégiée par rapport à la régénération. « La régénération doit être laissée indépendante des pétroliers » a conclu M. Carbonne.

 

Pneumatiques : 1,5 euro d’amende au kilo

Le dossier pneumatique a fait couler beaucoup d’encre avant les vacances. On se souvient que la collecte était partiellement en panne et que de nombreux ateliers croulaient sous le stockage de carcasses non enlevées. Il semble que l’embouteillage ait pratiquement disparu grâce à l’opération coup de poing d’Aliapur pendant les vacances. Francis Davoust note un retour à l’apaisement. : « Nous pensions qu’il y avait 30 000 tonnes de trop. Peut être avons-nous crié un peu trop fort, mais certaines situations ne pouvaient plus durer. Certains garages avaient 1000, voire 1500 pneus devant chez eux ».

En première ligne, Eric Fabiew demande avant tout un gendarme puisque les difficultés sont venues de tous les gens qui s’exonèrent de leurs obligations et profitent d’un certain laxisme dans les déclarations d’importations. « Une amende de 1,5 euros par kilo de pneu non déclaré, cela reviendrait à supprimer la marge du contrevenant. Pour notre part, nous prenons le problème à la base. Tous les jours, nous scannons les sites étrangers comme 123pneus, nous identifions les ateliers référencés comme sites de montage affiliés et nous stoppons les enlèvements. Très vite, une bonne partie de ces entreprises reviennent et demandent leur radiation de la liste du site concerné ».

Pour l’heure, Mobivia fait office de cavalier seul. Le groupe cumule les statuts de distributeur et de producteur de pneus avec ses marques réseaux. Depuis les années 90, il a monté sa propre filière par le biais notamment de Norauto.

 

Pneus d’atelier ou de VHU, même combat…

Le pneu de seconde monte (remplacement) est réglementé par le décret pneu. Le pneu de première monte (véhicules neufs) que l’on assimile par extension au pneu de VHU attend la publication imminente du décret. C’est un mini scoop que Romain Dissaux, ministère de l’environnement a lâché : afin d’atteindre leurs quotas, les collecteurs pourraient aussi bien aller chercher les volumes dans les ateliers ou dans les démolitions. Ca procède d’une certaine logique mais ça n’avait jamais été dit auparavant. Ce point sera certainement à surveiller, afin que certaines régions reculées ne souffrent pas d’une collecte plus difficile.

 

La galère de l’organisateur

On nous pardonnera ce jeu de mots facile, mais Evelyne Perreon n’a pas voulu battre en retraite. Et pourtant… Une des pires journées des manifestations « retraites » est tombée le premier jour du colloque de l’Ademe et plus précisément lors de l’après midi du VHU. Une catastrophe pour Evelyne Perreon, en charge de la communication de l’Ademe et cheville ouvrière de l’évènement :

« Certes, on a bien pensé à annuler la manifestation, mais c’était trop tard. A quinze jours du colloque, on ne pouvait plus reculer. Nous avons enregistré environ 200 annulations que nous n’avons pu que déplorer… tout en comprenant. Heureusement, les intervenants et orateurs se sont tous débrouillés pour être là. En final, les échos qui me sont revenus sont positifs. Le colloque fut d’un bon niveau. C’est le plus important. C’est ce qui restera ».

Retrouvez l'intégralité de cet article dans votre magazine auto recyclage n° 90.